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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 18:53

nabila-ritratto-rid.jpgIl y a quinze ans de cela, mourrait dans un attentat mon amie Nabila. C'était le 15 Février, 1995. De retour d'Alger, où je m'étais rendu pour préparer une expos de livres que nous devions organiser à Ath Yanni, je me suis arrêté à Tizi Ouzou parce que j'avais rendez-vous avec elle.

 

Elle c'était Nabila Djahnine militante de gauche, syndicaliste, activiste du Mouvement culturel berbère, et surtout l'une des leaders les plus en vue des mouvements féministes du moment.

Nabila était à la tête d'une association locale de femmes "Thighri Netmettuth» (Le cri de la femme), mais a essayé avec d'autres militantes de lancer une grande coordination nationale des associations féminines. Coordination catapultée à l'époque, entre autre, par celle que les médias Français vendront au monde comme la « passionaria algérienne »: Khalida Messaoudi. Une passionaria qui roulait déjà en voiture blindée et accompagnée de nombreux gardes du corps.

Dans la petite ville de Tizi Ouzou Nabila était presque partout. Grèves, manifestations, rencontres syndicales, réunions de femmes ... Elle était au côtés de tous ceux qui luttaient pour une cause juste. Elle était souvent le seul soutien des femmes ouvrières, considéré par tous comme la dernière roue de la charrette. Elle a combattu aux côtés des femmes sans domicile fixe, chassées de leurs maison en raison d'une loi profondément injuste ...

 

La politique, Nabila, née à L'Houma Oubazin, le plus populaire quartier de Béjaïa, elle était tombée dedans dès l'enfance. Son père, un homme de discrète culture, ouvert d'esprit et de cœur a toujours encouragé ses nombreux enfants à chercher à comprendre, à tout remettre en discussion, à ne jamais jamais se contenter des réponses faciles.

Ce fut par contre le frère aîné qui entrainât toute la chiourme de frères et sœurs dans le giron du Groupe Communiste Révolutionnaire (GCR), un parti de gauche radicale (IV Internationale) clandestin à l'époque. Très jeune, Nabila découvre qu'on peut être de gauche sans accepter la limitation des liberté et les contradictions de l'URSS et des partis communistes orthodoxes.

Elle suit le chemin de ses grands frères, mais bientôt, les surpasse en activisme et en perspicacité. Quand je l'ai rencontrée elle était le point de référence du mouvement en Kabylie du Djurdjura et faisait partie de la direction nationale du parti.

Entre temps, C'était déjà la fin des années 80, et l'ère du parti unique était terminée. Le GCR étaient désormais régulièrement inscrits à la liste des partis politiques reconnus sous le nom de Parti socialiste des Travailleurs (PST). Elle en était la figure principale dans notre région et moi j'avais à peine décidé de m'y inscrire. C'est avec elle que j'ai appris l'ABC du militantisme.  

 

Ce jour-là, en 1995, lorsque nous avons décidé de nous rencontrer pour parler de certains projets communs, tous les deux pour des raisons très similaires, nous n'étions plus militants du PST depuis quelques temps, mais nous étions restés très actifs et notre relation depuis de nombreuses années avaient dépassé la simple sphère du « co-militantisme » pour se développer en une tendre et sincère amitié.

En début d'après midi je suis arrivé d'Alger et je l'ai attendue sur le lieu du rendez-vous. La journée était belle. Le printemps en Kabylie est une véritable explosion de couleurs et de parfums et en ces premiers jours de Février on le sentait déjà arriver. La guerre qui faisait rage dans diverses régions du pays, les massacres, les assassinats, la nervosité, la peur, l'angoisse quotidienne... tout cela, assis à siroter une limonade à la terrasse du café de la poste de Tizi, en profitant du soleil, semblait si loin. Même si l'horreur était là, à quelques enjambées seulement.

J'ai attendu longtemps, mais aucune trace de Nabila. Je suis allé à une cabine publique et j'ai appelé son bureau ... aucune réponse. En partant j'ai entendu quelqu'un dire à un autre, à haute voix, sans s'arrêter: "Il y a eu un attentat. Paraît qu'ils ont tué une architecte, près de la prison! "

Cette phrase m'a frappé. Elle me ramena brutalement en plein dans la violence du quotidien dans lequel nous étions immergé pendant ces années-là. «Encore! -me suis-je dit- Cette histoire ne finira donc jamais! » Mais l'idée que «l'architecte» puisse être Nabila, mon amie, ne m'a même pas effleuré

nabila

Après avoir attendu longtemps, je suis reparti un peu fâché contre elle. Mais nos moyens

de communication étant très maigres à l'époque, je me suis dit que peut-être elle a eu à faire et n'a pas pu me prévenir. La nouvelle ne m'est parvenue que lorsque je suis arrivé à la maison, par un ami qui l'avait entendue à la radio.

Le lendemain matin à l'aube, j'étais sur le bus pour Bejaia. Mes larmes n'ont cessé de couler, tout le long du voyage. M tète était pleine de « pourquoi ». Pourquoi elle? Pourquoi maintenant? Pourquoi ici? Que des questions, et aucune réponse. Je suis arrivé après l'enterrement. Je n'ai pas pu voir mon amie une dernière fois. Mais on m'a dit que personne ne l'a vue. On lui avait tiré en plein visage. Il valait mieux comme ça. Nous gardons tous d'elle l'image d'une femme forte, belle et souriante.

 

Aujourd'hui, quinze ans plus tard, personne ne sait qui l'a tuée. Peut-être était-ce des intégristes déguisés en policiers ou des policiers déguisés en intégristes. Mais je crois que j'ai enfin compris le « pourquoi ». Nabila était une figure de femme combative et indomptable qui a refusé de se soumettre au diktat des intégristes mais n'a d'autre part jamais renoncé à dénoncer la violence la corruption du régime. Elle ne s'est jamais rendue à la logique du moindre mal.

Adieu l'amie. Je ne t'ai jamais oubliée.

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Published by Karim METREF
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commentaires

yazid 28/12/2010 23:00


En lisant ton écrit!la chair de poule me submergea et je revois Nabila que je n'ai pas beaucoup connue d'ailleurs assise en face de nous, par un bel après-midi ensoleillé, sur la terrasse de Lalla
Khedidja, entrain de nous parler de son association et de ses projets .Qui eut cru,ce jour-là,que la mort était là entrain de la guetter et allait à jamais emporter cette jolie fleur en plein
épanouissement? Paix à son âme!!!