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  • : Le blog en français de Karim METREF
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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 11:53

Samer_Issawi.jpgCe texte que je publie sur ce blog personnel est la traduction d'une lettre à la société civile israélienne envoyée par Samer Issawi, prisonnier palestinien, arrêté sans accusations et en gréve de la faim depuis 8 mois. 

La lettre est forte et chargée d'une lucidité étonnante mais elle ne contient pas un gramme de haine vers ses interlocuteurs. 

 

 

Israéliens:

Je m'appelle Samer Issawi en grève de la faim pendant huit mois consécutifs, actuellement hospitalisé dans l'un de vos hôpitaux appelé Kaplan. Mon état de santé est sous surveillance 24 heures sur 24 grâce à un dispositif médical qui a été placé sur mon corps. Mes battements cardiaques sont ralentis et mon cœur peut s'arrêter de battre à tout moment. Tout le monde - médecins, fonctionnaires et agents du renseignement - sont en attente de ma capitulation ou de ma mort.

J'ai choisi de m'adresser à vous : intellectuels, écrivains, avocats, journalistes, associations et des militants de la société civile pour vous inviter à me rendre visite, afin que vous puissiez voir ce qui reste de moi, un squelette attaché à un lit d'hôpital, entouré par trois gardes épuisés qui, à certains moments, consomment leur succulente nourriture, en ma présence. Les geôliers regardent ma souffrance, ma perte de poids et ma disparition progressive. Souvent ils regardent leurs montres et s'étonnent: comment ce corps si meurtri peut encore résister après tout ce temps?

 

Israéliens:

Je fais semblant de me trouver devant un intellectuel et de lui parler en face d'un miroir.

Je souhaite qu'il me regarde dans les yeux et observe mon état comateux, qu'il retire la poudre à canon de sa plume et le bruit des balles de son esprit, de sorte qu'il soit capable de voir mes traits, qu'ils soient gravés profondément dans ses yeux . Je le vois et il me voit, je le vois nerveux pour de futures incertitudes, et il me voit, un fantôme qui reste avec lui et ne le quitte pas.

Vous pouvez obtenir des instructions sur la façon d'écrire une histoire romantique sur moi, et vous pourriez le faire facilement. Après m'avoir dépouillé de mon humanité, vous pouvez décrire une créature qui n'a rien, rien qu'une cage thoracique qui respire avec peine étouffée par la faim, perdant conscience de temps en temps.

Mais, après votre silence froid, l'histoire qui parle de moi, ne sera rien de plus qu'une narration littéraire ou médiatique à ajouter à votre curriculum vitae, et quand vos élèves deviendront des adultes ils croiront que les Palestiniens se sont laissés mourir de faim devant l'épée de l'israélien Gilad et vous pourrez vous réjouir de ces rituels funéraires et de votre supériorité morale et culturelle.

 

Israéliens:

Je suis Samer Issawi le jeune "Araboush" comme me définit votre jargon militaire, l'homme de Jérusalem que vous été arrêté sans inculpation, coupable seulement de s’être déplacé du centre-ville de Jérusalem vers sa périphérie.

J'ai été jugé deux fois sans qu'aucune accusation me soit imputée parceque dans votre pays ce sont les lois militaires qui gouvernent et les services de renseignement qui décident alors que les autres composantes de la société israélienne doivent se limiter à se barricader les murs derrière cette forteresse qui continue à être appelée pureté de l'identité - pour échapper à l'explosion de mes os suspects.

Je n'ai pas entendu un seul d'entre vous intervenir pour mettre un terme à déchirants râles de la mort. C'est comme si chacun d'entre vous - le juge, l'écrivain, l'intellectuel, le journaliste, l'universitaire, le commerçant et le poète - s'était transformé en un fossoyeur et portait un uniforme militaire.

Et je n'arrive pas à croire que toute la société est devenue un spectateur de ma mort et de ma vie pour protéger les colons qui ont détruit mes rêves avec les arbres de ma terre.

 

Israéliens:

Je mourrai satisfait et ayant satisfait les autres. Je n'accepte pas d'être chassé de ma maison. Je n'accepte pas vos tribunaux et vos lois arbitraires. Vous dites que vous avez piétiné et détruit ma terre au nom de la liberté qui vous a été promise par votre dieu, mais vous ne serez pas en mesure de piétiner mon âme noble désobéissante. Mon âme est guérie, elle est libérée et a célébré le temps que vous lui avez enlevé. Peut-être comprendrez-vous que la conscience de la liberté est plus forte que celle de la mort ...

N'écoutez pas ces clichés, désormais obsolète, parce que le perdant ne restera pas éternellement vaincu ainsi que le vainqueur ne sera pas un gagnant toujours. L'histoire ne se mesure pas seulement à travers les batailles, les massacres et les prisons, mais aussi et surtout à travers la capacité de se sentir en paix avec les autres et avec soi-même.

 

Israéliens:

Écoutez ma voix, la voix de notre temps, aussi bien que votre voix! Libérez-vous de l'excès avide de pouvoir! Ne restez pas prisonniers des camps militaires et des barres de fer qui ont resserré vos esprits! Moi je n'attends pas d'être libéré par un geôlier, mais je suis en attente de vous voir vous libérer de ma mémoire.

 

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Published by Karim METREF
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