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4 octobre 2011 2 04 /10 /octobre /2011 12:18

 

http://img.over-blog.com/300x181/2/46/51/83/Sarko.jpg« Vive Benghazi, vive la Libye, vive l'amitié entre la France et la Libye ! », a hurlé Sarkozy l'autre jour devant les milliers de citoyens qui sont venus l'accueillir en sauveur dans la ville orientale de la Libye . Avec son imitation pathétique des fameuses exclamations du général De Gaulle lors de ses visites coloniales, et au moment où un de ses anciens conseillers a révélé au monde les rouages pourris ​​de l'ancien, Sarko a inauguré ce qui devrait être le nouveau système de gestion de l'Afrique.

J'adore quand la France officielle joue aux pucelles effarouchées et quand elle fait semblant d'être étonnée et choquée à chaque fois que quelqu'un soulève le couvercle sur un secret de polichinelle.
On se souviens tous quand un officier à la retraite, le général Aussaresses, avait écrit un livre dans lequel il a dit avoir pratiqué la torture à grande échelle et de manière systématique pendant la guerre d'Algérie (pardon, les événements d'Algérie) et qu'il ne le regrettait pas du tout. La classe politique française, gauche et droite confondue, s'est déclarée choquée et indignée ... et notre homme a été même jugé et condamné ... pour «apologie de la violence »!!!

C'est à dire: non pour ce qu'il a fait, mais pour l'avoir dit tout haut.  Étant donné que le juger pour ce qu'il a fait aurait voulu dire juger l'ensemble de la classe politique de l'époque, y compris le Parti communiste, qui au parlement avait voté pour les pouvoirs spéciaux à l'armée en Algérie, et y compris le grand héros, qui a libéré l'humanité du Péril nazi, j'ai nommé Le général Charles De Gaulle, himself!
En réalité, l'histoire de la torture en Algérie est un des nombreux secrets de polichinelle de la grande république française, libératrice et émancipatrice des peuples sauvages. Plusieurs officiers français. Dont le général Massu, l'architecte de la répression de ce qu'on a appelé la Bataille d'Alger, n'ont jamais nié la pratique de la torture. Massu l'a toujours dit clairement et franchement. Il l'a fait, dit-il, en Algérie ainsi qu'en Indochine, avec le feu vert de l'ensemble du gouvernement français. (voir vidéo)

 


 

Mais comme nous le savons bien, les empires ne se construisent pas sur les bonnes manières. Mais sur la violence, la corruption, la torture, la manipulation, et surtout, surtout, sur beaucoup d'hypocrisie.

 

Et ces jours-ci, la France se réveille avec un nouveau scandale digne de la meilleure « Commedia dell'arte »à la napolitaine. L'avocat franco-libano-sénégalais Robert Bourgi a reconnu dans une interview, accordée au Journal du Dimanche, qu'il aurait personnellement livré des valises pleines d'argent, envoyées par 5 présidents africains pour soutenir les campagne électorales de Chirac et Villepin.

Celle de l'avocat Bourgi est une histoire très particulière. D'origine maronite libanais, né et élevé à Dakar, au Sénégal, au sein d'une famille riche et influente, comme le sont de nombreuses familles de marchands libanais en Afrique sub-saharienne. Polyglotte, il parle couramment l'arabe, le français, l'anglais et le Wolof, la langue la plus parlée au Sénégal et particulièrement dans la capitale. Ami personnel de plusieurs présidents africains. Il est (ou du moins était) comme chez lui dans la maison du président Wade à Dakar. Et Il raconte lui même qu'il appelait Omar Bongo «papa» et que le dictateur gabonais en retour le désignait d'un affectueux "fiston". Bien introduit à Paris, grâce aux relations avec l'élite maronite de la diaspora, particulièrement forte au sein de la droite française. En bref, l'intermédiaire idéal entre l'establishment parisien et cette espèce de réseau mafieux auquel fut donné le nom de « Françafrique ».

Un système connu de tous mais qui, comme les guerres coloniales en Algérie et en Indochine, comme les génocides en Afrique, les guerres civiles et les coups d'état fomentés par les multinationales ... n'a aucune existence officielle.

Mais quelle est donc cette Françafrique qui n'existe pas?

 

Le système de la Françafrique est un dispositif inventé par le général De Gaulle, lui-même. Après la Seconde Guerre Mondiale, l'oppression militaire, politique, économique et culturelle directe de centaines de millions de personnes par une poignée de pays européens, connu comme le colonialisme, a été déclaré inapproprié.

L'Occident venait de parrainer la naissance des Nations Unies et la rédaction de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Il fut alors décidé de donner l'indépendance à tous les pays occupés (ou presque tous). Mais pendant qu'ils faisaient des déclarations publiques de bonne volonté et de reconnaissance des droits des peuples, chaque puissance coloniale manœuvrait, en dessous, pour que le système d'exploitation des richesses et des personnes dans les colonies, qui ont assuré aux métropoles richesse, paix et stabilité, reste intacte.

La France a mis en action un système très complexe et efficace pour pouvoir quitter l'Afrique sans suspendre le ravitaillement. Elle a accordé l'indépendance formelle mais en imposant ses dirigeants aux nouveaux états africains. Ceux-là étaient généralement d'anciens militaires, des députés des pseudo-parlements d'outre-mer ou des fonctionnaires de l'administration coloniale française connus pour leur discipline et obéissance. Dans certains cas, il a été nécessaire d'éliminer quelques personnages maladroits qui ont compris le jeu et on pensé pouvoir s'opposer.

En échange de leur servilité envers l'ancienne puissance coloniale, aux nouvelles direction on a donné carte blanche pour mentir, corrompre, réprimer, voler, piller... etc. En bref, ils devaient assurer que le pays n'arrive jamais au développement économique, politique et surtout culturel.

L'artisan, au nom de De Gaulle de ce système était Jacques Foccart. Partisans pendant l'occupation nazie, gaulliste de la première heure, Foccart prend contact avec l'Afrique dans les années 50 et se lie d'amitié avec Félix Houphouët-Boigny, avec Senghor et Omar Bongo, entre autres C'est Houphouët-Boigny qui utilisera en premier le terme « Françafrique ». Il lui donnait un sens positif, comme une recette, selon lui, pour le développement et la prospérité des deux rives. Ensemble, Houphouët, Senghor, Bongo et bien d'autre sous la baguette de Foccart inaugureront le système mafieux qui transformera l'Afrique dite « francophone » en véritable garde-manger de la puissance coloniale.

En soixante ans, rien n'a été épargné pour faire fonctionner la machine. Corruption, mensonges, enlèvements, viols, tortures, guerres civiles montées sur mesure, massacres, génocides ... tout. Rien n'est de trop pour maintenir en bonne santé la belle démocratie française.

 

Mais, comme personne ne creuse des fosses pour les autres sans y tomber soi-même tôt ou tard, depuis des années des militants et des associations, tels que François-Xavier Verschave et l'association Survie, dénoncent le fait que la Françafrique soit nuisible non seulement pour l'Afrique, mais qu'elle s'est depuis longtemps transformée en "Afriquefrance". C'est à dire que, non seulement les despotes africains, maintenus au pouvoir grâce à ce système mafieux, ont souvent influencé la politique française grâce aux fortunes colossales qu'ils se sont tous construit au fil des ans, comme le révélé le scandale des valises de Bourgi, mais c'est tout le système mafieux de corruption, de manipulation et de gestion du pouvoir créé pour l'Afrique qui s'est ensuite ensuite reversé sur la politique française. Avec son argent sale, avec ses agents secrets détournés, ses mercenaires et assassins professionnels de tout genre. Un système qui est devenu si riche et si puissant qu'il fait la pluie et le beau temps dans la vie politique française.

(Voir dans cette vidéo - un peu à longue- Xavier Verschave, qui explique beaucoup de choses sur le système et en particulier comment l'armée secrète de la Françafrique a également été utilisée pour créer et soutenir le Front National de Monsieur Le Pen et faire monter le racisme en France quand il a été nécessaire).

 

 

Et aujourd'hui, ce système qui n'a jamais cessé de fonctionner semble cependant en crise. Les déclarations de Maitre Bourgi ne sont qu'un des signes de cette crise profonde. Il est temps donc de le réformer. Sarkozy, par ses dernières initiatives en Afrique, inaugure une nouvelle image et un nouveau système de gestion de l'Afrique.

Une image non plus basée sur le soutien aux dictatures, mais sur le parrainage de nouvelles «démocraties» tout aussi serviles. Un système qui sera en plus géré en joint-venture entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

En effet l'émergence de nouvelles puissances mondiales (Chine, Inde, Brésil, Turquie ...) , qui entrent en force en Afrique, jadis terrain de chasse exclusif des Occidentaux, a conduit les puissances de l'alliance atlantique à ne plus jouer individuellement mais à chasser en meute.

D'autre part, le système nèo-colonial a changé profondément depuis les temps du bon vieux général De Gaulle. À l'époque l'action coloniale était d'essence nationaliste et travaillait pour enrichir la métropole. Aujourd'hui, le colonialisme est privé et travaille au service d'une poignée de sociétés multinationales, qui n'obéissent qu'à leur actionnaires, dont la nation, l'idéologie et la religion s'appellent: profit. Aujourd'hui si ces sociétés continuent à soutenir financièrement les pays occidentaux, et soutout leur classe politique au pouvoir, c'est seulement pour s'assurer les interventions militaires en cas de besoin.

C'est à dire, dans le domaine pétrolier, par exemple, il y a vingt ans encore, quand un para français tombait sur le champs de bataille pour remettre de l'ordre en Afrique c'était en général pour les intérêts de Elf, société publique, garante de l'indépendance énergétique de la France. C'était un geste colonial mais pour les intérêts « suprême » de la nation. Aujourd'hui, si il tombe, il sera mort pour enrichir Total, société privée, qui s'en fiche totalement de l'autonomie énergétique de France ou de Navarre.

 

Pour en revenir aux exclamations, en style néo-Gaullien, du petit Sarko, qui entre autre n'a du bon vieux Général ni la stature politique ni même celle physique, la gestion de la récente crise en Côte d'ivoire et encore plus récemment en Libye, ne sont rien de plus que l'inauguration de ce nouveau système. La Françafrique, La GreatBritainAfrica et la USAfrica sont en train de mourir pour renaitre sous une nouvelle forme... Vive l'Afrique libre! Vive l'OTANafrique!

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Published by Karim METREF
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