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27 novembre 2011 7 27 /11 /novembre /2011 23:45

http://a35.idata.over-blog.com/2/46/51/83/tahrir-copia-1.jpgAu moment Où J'écris ces lignes, les morts de la place Tahrir, au Caire, se content en dizaines. L'armée égyptienne précédemment vendue par les médias internationaux comme alliée des jeunes émeutiers, est en train de les réprimer autant, ou peut-être plus, que sous le régime de l'ancien Rais.

Ce qui a commencé il y a un an comme une révolte pacifique dans les pays du Maghreb et qui, peu à peu, s'est propagé dans l'ensemble du monde arabe, a pris un tour trop complexe et varié d'un pays à l'autre pour pouvoir être décrit comme un phénomène unique. Seule la contemporanéité permet encore de l'appeler: «le printemps arabe». Un printemps qui dans certains cas a déjà toutes les couleurs de l'automne.

 

Après l'étonnement initial ...

Au début, à mon avis, le phénomène a pris un peu tout le monde au dépourvu. Certains plus que d'autres. Bien sûr, il y a une grande différence entre la diplomatie américaine qui, passée la stupeur des premières émeutes, était déjà d'accord avec les militaires tunisiens et égyptiens pour un remplacement rapide et indolore des tyrans, désormais imprésentables, et, au contraire, les diplomaties européennes qui, chacune de son côté, ont continué à dorloter leur dictateur préféré, jusqu'à la dernière minute.

Ou encore les diplomaties arabes divisées entre la rivalité traditionnelle entre leurs régimes respectifs, l'obligation qu'on la plupartde ces régime de ne pas trop s'écarter de la ligne tracée par l'OTAN et la peur d'aider à creuser une fosse pour leur voisin et finir par y tomber, tôt ou tard.

C'est dans cette atmosphère d'intrigues, de lâcheté, de sales coups, de violence, de répression et de cupidité que les populations dans toute la région continuent à résister et à lutter pour une vie meilleure, chacune avec un rythme, une intensité et des modes différents.

 

Tunisie. C'est dur mais il y a de l'espoir dans l'air

Tunisie est le premier pays à avoir porté à terme la révolte contre son tyran. Le pays cherche maintenant de renverser la tyrannie. Mais ce n'est pas si facile, comme beaucoup de jeunes militants ont fini par comprendre. Les masses habituées à être soumises, souvent pensant de se libérer, changent un maître contre un autre qu'ils croient plus clément. Voilà pourquoi le vote est principalement en faveur de la formation islamiste de Al-Nahda.

Le danger d'une victoire de l'islamisme politique, est souvent agité comme un danger absolut qui guète nos pays. Comme si l'islam politique était une réalité homogène. En réalité, la galaxie islamiste est très diversifiée. Et Al-Nahda, par exemple, ne ressemble à aucune autre parti islamiste arabe et son leader, Rachid Al-Ghannouchi, est un politicien intelligent et de longue expérience. L'époque, dans out le monde arabe, n'est plus celle où le Front Islamique du Salut remportait les élections en Algérie, il y a 20 ans.

Les temps ont changé. Entre temps il y a eu la guerre des années 90' en Algérie, le 11 Septembre, les guerres d'Irak et d'Afghanistan ... Et enfin, il y a aussi eu les insurrections de cette année, dans lesquelles les islamistes ont vraiment eu un rôle marginal. Tout en restant la seule alternative, structurée et organisée, aux régimes en poste, les islamistes arabes savent qu'ils n'ont plus le vent en poupe.

Mais cela ne signifie pas qu'ils ont complètement perdu leur capacité de nuire ou que cette situation durera pour toujours. Un parti comme Al-Nahda est encore un parti islamiste, conservateur, très conservateur, bien que diplomate, avec toutes ses contradictions et ses liens avec la nébuleuse islamiste internationale, qui peut, si les conditions le lui permettent, faire reculer la Tunisie dans divers secteurs.

Néanmoins, l'expérience tunisienne se révèle la plus intéressante. Sont peuple a montré une grande maturité dans de nombreuses occasions. Et le chemin de la réorganisation de l'état et de la réécriture de la Constitution promet d'être riche et stimulant... sauf surprises.

Cela est dû à la qualité du mouvement de la Tunisie. Non violent depuis le départ. Mais c'est peut-être aussi dû en grande partie au fait que le petit pays maghrébin n'a pas une grande importance stratégique dans l'arène régionale. Un petit peuple, une terre magnifique mais pauvre en ressources naturelles (du moins de celles qui attirent la convoitise des multinationales), quelques milliers d'hectares de déserts et beaucoup moins de terres bonnes pour l'agriculture, quelques centaines de kilomètres de côte avec des plages magnifiques et regorgeant de poissons ... le tout pris en sandwich entre deux des plus grands ret plus riches pays en Afrique: l'Algérie et la Libye.

Un petit « coin pénard » que les puissances mondiales et les voisins pourraient bien laisser, comme laboratoire pour une expérience de démocratie arabe... pourquoi pas? C'est tout le mal que je lui souhaite.

 

Égypte. D'un régime militaire à l'autre

La situation est par contre complètement différente avec l'Égypte. Ce grand pays, le plus peuplé de la région avec ses 80 millions d'âmes, est une véritable plate-forme de passage entre mondes différents: Europe / Afrique / Asie, Maghreb / ​​Machrek, Méditerranée occidentale / orientale, Nord/Sud du monde. discrètement riche en ressources naturelles, l'Égypte est par contre une vraie mine d'or culturelle. Barycentre de la région, le pays du Nil a dominé pendant tout le siècle dernier le monde arabe avec sa production littéraire et artistique. Ce qui se passe en Égypte est vu et vécu en direct de Agadir jusqu'aux émirats arabes, depuis que le roi Farouq, dans les années 40, a encouragé les industries de l'édition, cinématographiques et discographiques. Centralité qui a été amplifiée avec la création, à l'époque de Gamal Abdennasser, de Radio Le Caire: la première radio n'appartenant à aucune puissance coloniale à diffuser de la musique et des nouvelles sur le monde arabe et l'Afrique orientale.

Ce qui se passe en Égypte affecte la macro-région tout entière, mais a de l'effet surtout sur les voisins immédiats. Et parmi les voisins directs, il y a Israël!

Et voilà donc toute une série de raisons pour lesquelles le résultat de l'insurrection n'est pas si indifférent. Le chemin vers une réorganisation politique et économique en Égypte ne pourra se faire sans douleur. Et le massacre de ces jours-ci sur la place Tahrir n'est que le commencement des douleurs, à mon avis.

L'armée égyptienne, présentée comme le sauveur du peuple, est en réalité la racine du problème. Au pouvoir depuis le coup d'État de 1952, ses hauts responsables ont acquis un pouvoir politique et économique sans limites. Mais depuis l'arrivée de Moubarak, l'armée a également acquis un autre rôle "primordial": elle est garante de l'alignement du pays sur les positions occidentales et de sa soumission totale à tous les caprices d'Israël.

Heureusement les manifestants de la place Tahrir ne désignent pas Israël comme la source du mal absolu, comme c'est de tradition dans les idéologies islamiste et nationaliste arabe. Les jeunes ont décidé de sortir du victimisme arabe traditionnel, cependant ils ont démontré en faisant pression pour briser l'embargo sur Gaza qu'ils ne veulent pas accepter pour cette question moins d'une solution juste et digne pour tous .

 

Fermer les comptes suspendus de la Guerre froide

Les révoltes se poursuivent à différents niveaux dans de nombreux pays. Les jeunes gens, du Maroc au Bahreïn, tentent de mobiliser la population en utilisant les mêmes techniques: Internet, les réseaux sociaux, les téléphones portables, les manifestations de rue. Mais les protestations sont différentes de pays à pays. Il y a plusieurs facteurs qui affectent le nombre et l'intensité des révoltes. La situation interne, la nature des régime, la situation économique, la nature et la force de la réaction des gouvernements et la couverture médiatique internationale.

Cette dernière a souvent été très importante. Plus le mouvement est couvert par les médias et les chaînes par satellite, plus il va croître et se propager. Seulement que la couverture médiatique, désormais c'est clair, est loin d'être aléatoire. Elle semble conditionnée par le niveau d'alignement sur les stratégies de contrôle de la région par l'OTAN. Une manifestation avec une dizaine de morts en Égypte, au Yémen ou à Bahreïn ne semble pas avoir la même importance qu'un événement similaire en Syrie ou en Libye. Comme si dans la confusion créée par les révoltes légitimes des jeunes Arabes, quelqu'un profite pour régler des comptes jamais fermés après la fin de la Guerre froide. Comme si on en profitait pour éliminer toute position non complètement soumise à la loi du plus fort.

Victime de ce «relooking» de la macro-région est déjà tombé le régime libyen. Deux pays très proches de subir le même sort de la Libye -et de l'Irak- semblent être la Syrie et l'Iran.

 

Syrie. Entre un régime pourri et un très mauvais voisinage

Le cas syrien est très intéressant à étudier. Ce pays au coeur du Moyen-Orient est gouverné par la famille Al-Assad depuis des décennies. Le parti Baath règne sans partage et abat sur la terre antique des Chaldéens et des Phéniciens une terreur absolue. Les faibles politiques d'ouvertures commencées immédiatement après le début du règne de l'actuel président Bashar, en 2000, ont été rapidement fermées. Et en dehors de la libéralisation économique et de la réduction des protections sociales, le règne du jeune Al-Assad a apporté peu de changements. Le pays verse dans la corruption totale qui s'aggrave d'année en année avec l'augmentation du coût de la vie. Ceci est l'image en bref du pays. Une image pas très flattante mais pas différente, il faut le dire, de celle de nombreux pays voisins. Une dictature corrompue et corruptrice à abattre absolument. Mais qui en soi a aussi certaines virtus, comme les protection sociales, comme la large autonomie économique, que ses voisins n'ont pas, ou n'ont plus depuis longtemps.

Jusqu'au printemps, il y avait une forte mobilisation populaire et non-violente, à l'image de ceux qui ont eu lieu en Égypte. La répression a aussi été immédiatement très forte. Et puis, pendant l'été, à l'improviste, comme cela s'est produit en Libye, les désertions de militaires et la formation de groupes armés dissidents sont entrées en scène. Combien est dû à la réaction spontanée et compréhensible de simples soldats fatigués de voir massacrer leur propre peuple et combien est dû à la manipulation par des hauts gradés de l'armée, aidés ou pas par des puissances extérieures, qui veulent prendre le pouvoir, difficile de le savoir pour l'instant.

Le fait est que la Syrie est très, mais très, mal entourée. À l'ouest: Liban et Israël. Au sud: Jordanie. À l'est: Irak. Et, au nord, la Turquie. Sans compter les voisins indirects (royaumes et émirats du golf...) et les autres pays qui ont intérêts et influence dans la région. Tous prêts à la poignarder dans le dos, pour une raison ou l'autre, et personne prêt à prêter main forte pour que les changements aient également lieu mais de manière pacifique.

Sur fond de crise, les pays de l'OTAN ont les yeux braqués sur la Syrie (et l'Iran) et deux pas en avant un pas en arriéré, ils sont en train de l'encercler, comme des charognards autours d'une proie exténuée. On n'est pas loin du scénario libyen, ou les forces de l'Alliance Atlantique et leurs cpmplices locaux entreront officiellement pour protéger les civils et finiront par organiser un banal coup d'État pour mettre "les bonnes personnes aux bons endroits."

Seulement que la Syrie est une véritable mosaïque de peuples qui ont jusqu'ici vécu ensemble dans une paix relative. La faire exploser signifie faire exploser toute la région.

Qui prendra la responsabilité du déclenchement de ce cataclysme?

Le prix Nobel de la Paix Barack Obama?

Lui, il dit: «Yes we can!"

Moi, je dis: "Espérons que non." Et je pense en kabyle: « f qerru-k!» (sur ta tête)

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Published by Karim METREF
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